Pierre Roy, né à Nante en 1880, que l'on considère souvent de manière réductrice comme maître du trompe-l'oeil pourtant jamais à une simple démonstration de savoir-faire. Il ne s'agit pas pour lui de rivaliser avec la réalité mais de la mettre en doute. C'est le sens qu'il faut donner à la présence des "leurres" dans un tableau comme Adrienne pêcheuse. Il serait plus juste de parler de "faux semblants" à propos du travail de cet artiste, qui est une illustration permanente du décalage existant entre les choses et leur représentation. 

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Adrienne pêcheuse 1919

En 1914, peu avant sa mobilisation, Pierre Roy se lia avec Adrienne Ridoux, une couturière de 23 ans travaillant pour Paul Poiret. Le couple eut un garçon, Denis, en 1917, mais la jeune femme mourut d'une péritonite en 1919 ( l'enfant fut élevé par Donatienne, la soeur de Pierre). Le tableau Adrienne pêcheuse que Roy réalisa après le décès de sa compagne marque un changement total d'orientation dans la carrière de l'artiste. Une reproduction en parut en 1925 dans le numero 4 de la revolution surréaliste: Pierre Roy y voisinait avec Picasso (les Demoiselles d'avignons) et Miro (le chasseur, Maternité). André Breton venait alors de prendre la direction de cette revue et d'y publier ses premières réflexions sur le "surréalisme et la peinture".

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La rue du port 1943

Pierre Roy demeure un artiste mal compris dont la fortune critique a longtemps reposé sur un malentendu : toujours étudié dans le cadre du surréalisme, il est généralement considéré de manière dévalorisante comme un petit maître existant en marge de ce mouvement. La vérité est tout autre puisque c'est volontairement qu'il garda ses distances et son indépendance. Il est possible, peut-être, d'aborder la production de cet artiste autrement: de voir en elle une méditation philosophique sur la place de l'homme dans l'univers. Un tableau comme la rue du port en est un bon exemple, avec l'enchainement en abîme de zones claires et sombres vers l'infini ou l'inconnu.