num_risation0013

Giorgio de Chirico(1888-1978)

La conquête du philosophe,1914

Le tableau de Giorgio de Chirico provoque un trouble immédiat, qui entraîne comme un vertige instantané de la conscience. Les opérations presque instinctives d'identification des motifs et des objets sont pour ainsi dire suspendues, neutralisées. Certes, tel ou tel élément de l'image nous semble familier, voire même proche, tant il renvoie, par un effet de grossissement insistant, à notre univers quotidien. Mais comment relier les uns aux autres? et quelle leçon utile tirer du titre: "La conquête du philosophe?" on ne voit là ni scène de conquête à proprement parler, ni philosophe. Enigme? Hermétisme? Mystification? On ne sait trop sur quel pied danser, quelle attitude adopter et surtout quelle clé de lecture choisir pour "entrer" dans le tableau et y nouer les lieux du sens, les articulations nécessaires du visible et de l'intelligible.

num_risation0014

L'Ile Saint- Georges, Rome

La "conquête du philosophe" se signale par le caractère quelque peu hétéroclite de sa composition. Des objets divers occupent l'espace, se jouxtent les uns les autres, dans un décor architecturé, plutôt urbain, à l'arrière plan duquel se devinent un train à vapeur, circulant de droite à gauche et, plus à gauche de l'image, entre de gigantesques cheminées, les voiles gonflées de vent d'un navire. Le plan intermédiaire du tableau fait apparaître, dans sa partie supérieure, une horloge en saillie, qui indique une heure vingt-huit minutes,tandis que, dans sa partie inférieure, une large surface d'ombre que projette une arcade monumentale située à droite s'étale sur le sol. Au premier plan, deux artichauts disposés sur un bloc de pierre qui pourrait être aussi bien un piedestal attendent on ne sait quoi, on ne sait qui.