transparence

Transparence -Visage vers 1930

Cette feuille, plus épurée que beaucoup d'autres "transparences", offre le témoignage d'un motif récurrent dans la peinture de Picabia vers la fin des années 1920: une figure asexuée, chauve, aux yeux interrogateurs ou songeurs, dont l'origine est peut être à chercher du côté de la nouvelle inspiration classique du peintre- une figure qui, dans le même temps qu'elle stigmatise une nostalgie, vient tempêrer les professions de foi artistiques enthousiastes qui émaillent alors le discours de Picabia.

Deux visages, dont on peine à identifier le genre, se juxtaposent. Pour autant, le profil au nez camus d'une tête aux allures de faune ne rencontre pas le visage plus féminin, au regard baissé. La ligne, sinueuse et ferme, décrit une composition aérée. L'espace incertain, propre aux "transparences", est comme nié dans cette composition par strates. Toutefois, le dessin se révèle être l'exercice où le peintre rend visible l'idée d'un primat de la figure et du décoratif, d'un vocabulaire du fragment qui réduit à néant toute narration claire. Ici, seul le visage est rendu (et non pas observé) tant celui-ci, pour Picabia, n'est pas l'enjeu d'une étude psychologique. C'est peut être une certaine intemporalité que vise l'artiste dans ce jeu de profil perdu et de visage mélancolique:

" Il y a leurs oeuvres qui font partie de l'infini mystérieux. C'est dans ce mystère que mes oeuvres doivent vivre, je leur défends les costumes à la mode, bons pour parader dans les casinos de la peinture".Francis Picabia